Le principe de précautions

 et le Monarque.

 ou, les surprises qui arrivent quand on

 intervient dans l’environnement

 

( Résumé :  Le Monarque, espèce remarquable par ses migrations américaines, se trouve depuis plusieurs dizaines d’années la cible d’une maladie et de conséquences d’interventions humaines.)

 

Le Monarque est une espèce bien connue maintenant dans le monde, en raison de ses migrations spectaculaires du Canada vers le Mexique et retour.

 Il est menacé depuis quelques années par une mortalité inquiétante.

 Des spécialistes ont pris le sujet en main, afin de mettre en évidence l’origine de cette chute de population.

Sans avoir la prétention de faire ici un cours d’entomologie, il faut connaître les caractéristiques de vie de cette espèce pour bien cerner le problème.

 Décrit par Linné il y a 250 ans, Monarque vit –outre l’Océanie– particulièrement dans le nord des États-Unis et le Canada.

En ces endroits, la chenille se nourrit des feuilles de « l’herbe aux perruches » (1) –un Asclepias- et du nectar qui assure une nourriture particulièrement nutritive à  l’adulte.

 Cette espèce végétale très toxique transmet directement ses poisons aux chenilles et aux adultes –les papillons–  qui se trouvent ainsi protégés de leurs prédateurs.

 Chaque année une impressionnante migration Nord/Sud, réunit des centaines de milliers, voire des millions d’adultes, qui simultanément, partent  pour le Mexique. Le voyage demande plusieurs semaines qui leur feront parcourir près de quatre mille kilomètres en de nombreuses étapes. (Imaginons un de ces individus dont le poids n’excède pas 500 milligrammes (!)  volant sur une telle distance).

 Arrivés au Mexique, ils se dirigent en quelques points TRÈS précis où prospèrent en altitude les forêts d’oyamel (2), un sapin très recherché par

 ces insectes. Les arbres vont servir de lieux d'hibernation.

 Au printemps, ils se reproduisent, pondent sur les Asclepias et meurent. Les pontes éclosent quelques jours plus tard, et en quatre semaines environ la nouvelle génération –immunisée contre ses prédateurs par les soins d’Asclepias- sera prête pour une nouvelle migration.  Destination : nord de U.S. et Canada. Mais le voyage ne se fera pas en un éclair. Il demandera trois à quatre ans,  soit trois ou quatre générations. –une par an! Certains entomologistes  estimant même cinq ans, en se basant sur l’actuelle raréfaction de la nourriture.

Depuis les années 1960, il a été observé une lente mais accentuée décroissance de la densité des vols.

 Les causes de cette diminution des populations ont donc été recherchées. Et un certain nombre de sujets possibles mis en évidence. On n’étonnera personne en disant qu’ils sont divers… et pour certains conséquents les uns des autres !! Une cascade, quoi !

 - La prédation (peu importante, limitée par la toxicité des individus) peut être écartée.

 - Par contre, la déforestation illégale est prise très au sérieux par les autorités mexicaines et par ses efforts, au moins un site est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis quelques années. Mais il faudra bien arriver à proposer aux exploitants indésirables des solutions satisfaisantes pour qu’ils puissent assurer leur propre survie et sauvegarder ainsi les arbres.

A la fin des années 1950  il a été découvert un agent infectieux  unicellulaire porté par les Asclepias, particulièrement nocif aux Monarques. Leur nourriture empoisonnée !

 Il ne manquait plus que cela pour affaiblir l’espèce. Pour que rien ne soit simple, non seulement cette maladie débilite les individus, fait diminuer leur taille, au besoin les fait mourir, mais de plus agit sur le ratio Mâle/Femelle en réduisant le nombre de  ces dernières.

 Depuis environ 1960 les recherches ont  déterminé qu’il s’agit d’un unicellulaire (3) dont les spores (stade reproducteur microscopique) se nichent entre les écailles et les poils des adultes assurant ainsi la dissémination extérieure de la maladie. De plus les chenilles se trouvent être contaminées dès leur naissance, car la maladie est déjà transmise par la femelle à ses œufs pendant leur maturation.

On n’en sort pas !

 Si seulement cela pouvait s’arrêter là ! 

 Mais non ! 

 On pourrait invoquer la loi de Murphy !! (4)

 - La raréfaction des Asclepias, source  la plus  importante de nourriture pour  Monarque

 –le nectar pour les adultes, le feuillage pour les chenilles- est le résultat du défrichage.

 Et, cela vous étonnera-t-il ? 

 Le glyphosate, plus connu sous le nom commercial de Roundup ®  est montré du doigt..

 Et c’est ici aussi que les meilleures volontés sont dépassées par le manque de connaissances et d’information,  ou pire par la volonté ou la pression d’aller vite, vite, d’être le premier à publier et avoir ainsi l’antériorité ! ah!  l’antériorité,  que ne ferait-on pas pour l’avoir !

 Sachant ou croyant savoir, que les populations d’Asclépias se raréfient comme nous l’avons vu par l’action des désherbants, les personnes sensibles et responsables ont semé, planté de l’Asclepias partout. En ignorant seulement que l’espèce commercialisée n’est pas celle qui assure l’alimentation quotidienne. Or, pour tout arranger, il n’y a jamais que près de 140 espèces différentes chez Asclepias !

 Et c’est là que commencent les « surprises. »  Cette dernière espèce, – contrairement aux espèces endémiques des U.S., printanières,- présente le ‘fâcheux’ caractère de fleurir tout au long de l’année dans le sud-est des U.S.  Si bien que Monarque  ne voyant plus la nécessité de migrer, devient sédentaire…

 Devenus sédentaires et porteurs de l’agent pathogène, ils contaminent les migrants qui passent sur leur territoire, car ils sont devenus près de 10 fois plus contagieux que les voyageurs !! Ceux qui seront ainsi surinfectés, seront affaiblis et auront les plus grandes difficultés à terminer leur migration.

 De plus, la population sédentarisée, sous la coupe du parasite, s’affaiblit, les adultes voient leur taille diminuer et le temps de durée larvaire s’allonger.

 En Géorgie, une association sous le nom de  MonarchHealth recherche des volontaires –scolaires et adultes- pour déterminer les origines et conséquences de cet agent afin de limiter la contagion.

 Avec votre permission, je ne ferai pas de commentaire !

Jean Parisot

1 -Fruits bien connus en France où ils eurent leur heure de célébrité comme motif décoratif. Le pédoncule du fruit accroché sur le bord d’un verre, trempant dans l’eau en  permanence.

2-    Abies religiosa, arbre de 40 à 60 mètres.

3-   Ophryocystis elektroscirrha

4-   Loi énoncée par Murphy

Si cela peut aller plus mal, tranquillisez-vous, ça va arriver.