LA PETITE GRAINE DE  NOËL BERNARD.

 

 

S’il y a une chose qui a compté dans la vie de Noël Bernard (1874 – 1911), c’est bien cette petite graine qui avait donné bien du fil à retordre à tous ses prédécesseurs.

 

Parce que s’il y avait de par le monde une petite graine, c’était bien celle là !

 

Même la célèbre graine de sénévé pouvait être considérée comme une athlète si on la comparait à l’objet de son souci. (Malgré tout, une candidate pourrait bien se mesurer en la personne du Bégonia.)

 

Pensez donc, un embryon -et encore- enfermé dans un minuscule sac sec et rien d’autre. Rien !

 

La graine de sénévé, elle, au moins, possédait  quelques matières de réserve lui permettant de germer comme une grande ! Mais là, Rien !

 

Aussi  tous ceux qui avant lui, s’étaient penché sur le sujet, avaient jeté l’éponge. Pas possible !!! Voilà des plantes connues depuis l’antiquité qui devaient bien se reproduire si on répandait ses graines comme les autres... et on n’obtenait rien – rien !!  Oui, bien sûr, en coupant la plante à sa base, il était possible d’en obtenir quelque rejetons, mais les graines…. Ah !  les graines….

 

Au tout début du 19 ème siècle, vraiment excédé par ces insuccès, qu’il était bien près de considérer comme une insulte personnelle, le botaniste anglais Richard Salisbury eut ce mot de colère en proférant qu’il « était antiphilosophique de voir que des graines étaient incapables de germer !!!> Et, à le lire, on sent le vent du poing lancé sur la table de travail. Bien sûr il serait déraisonnable de contester la validité des essais de Salisbury qui prenait toutes les précautions nécessaires connues pour obtenir, enfin, un succès.

 

Un peu plus tard vers 1835, Louis Noisette jardinier chef du Jardin du Roy (futur Jardin des Plantes), agronome célèbre, constate -sans plus- que pour obtenir des plantules à partir de ces graines , <il suffit de les semer au pied  de la plante dont elles sont issues.>  Tiens donc…

 

Mais cette pratique -innovante et peu courante- permit, quelques quinze ans plus tard en Angleterre, d’obtenir le premier hybride horticole connu. dans cette famille végétale.

 

Le temps passe et puis un certain Noël Bernard arrive sur le théâtre des opérations.

 

Avec ses connaissances étendues en bien des domaines, il est affecté à Melun pour son service militaire qui à l'époque durait 3 ans! Là, en vertu de ses capacités, il lui est attribué d’enseigner lecture et écriture à deux analphabètes. Et  pendant ses loisirs il arpente la forêt de Fontainebleau « toute proche » pour y herboriser.

 

Au cours de ses pérégrinations, il tombe –si l’on peut dire- sur un spectacle peu courant pour un homme averti comme lui.

 

En effet, une Neottie Nid d’Oiseau, offrait à son regard ses fruits couchés sur le sol. Ce qui est un phénomène assez rare car cette plante peut assez souvent développer sa hampe florale en terre. Or là, non seulement les fruits étaient à l’extérieur mais de plus ils étaient ouverts et, comble, on pouvait voir des points verts !

 

Il emporta la plante dans ce qui lui servait  de lieu de travail, en décortiqua les fruits, isola les germinations en les triant par ordre de développement et les examina au microscope. Je ne sais s’il poussa le célèbre Euréka, s’il eut une pensée émue pour Salisbury, mais il venait de découvrir la raison pour laquelle les graines d’Orchidées étaient amenées à germer.

 

 

 

Pour une surprise, ce fut  LA surprise!

Chaque graine en germination, chaque plantule en début de développement  présentait un spectacle inconnu.

Aprés décortiquage, si l'on peut dire propos de si petits corps, Noël Bernard  avait sous ses

yeux interloqués la présence indubitable de filaments de champignons à l'intérieur de chacun des  embryons en cours de développement.

Et, confirmation par la négative, les graines non encore germées soit, étaient dépourvues d'embryon, soit, n'étaient pas (encore) touchées par le champignon.

 

Noël Bernard se conformant aux ‘nouvelles’ méthodes de Pasteur, mit en culture le champignon en question sur milieu stérilisé et en obtint de nombreux filaments. Ceux-ci mis en présence de graines de Neottia stériles en provoquèrent la germination ! *

 

Tout à fait désintéressé –oui, ce genre de personnage a existé !- il offrit son procédé, sans contrepartie, aux horticulteurs spécialisés (français, anglais, belges...) qui peinaient beaucoup à obtenir des semis corrects. -on s'en doute!! Nommé au Laboratoire de Biologie Végétale de Fontainebleau qui était dirigé par le célèbre Gaston Bonnier, Noël Bernard y passa des jours difficiles. Un beau jour, celui qu’il appelait  ‘le marchand de livres l’interpella ainsi : « Bernard, vous êtes nommé à Caen, vous y ferez de vieux os ! »  On ne peut être plus aimable.

En 1908  au cours d'une conférence, suite à ses expérimentations, il évoquera la possibilité d'obtenir la germination des Orchidées sans le secours des champignons, en augmentant la concentration des éléments contenus dans les milieux de culture stériles. Malheureusement, Noël Bernard ne sera pas témoin des conséquences de cette affirmation qui aura des répercussions extraordinaires dans le monde végétal.

 

Trois ans plus tard, à 37 ans, il décédera de la tuberculose, le grand fléau qui sévira jusqu'au milieu du XX ème siècle.

 

Il est quand même regrettable que cette personnalité soit à ce point méconnue malgré ses publications -en France, ce qui n'étonnera personne, mais aux Etats-Unis où même un éminent connaisseur du sujet -Carl Withner- attribue à l'américain Knudson le mérite de la réalisation du semis sans champignon en 1920, douze ans plus tard!!

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Mais pourquoi, me direz-vous, être aller chercher un illustre inconnu pour le mêler à une pratique dont il ignorait jusqu'à l'existence même?

 

D'abord parce qu'en ces mois de mai et juin fleurissent les quelques quatre-vingts espèces françaises. Or il serait dommage que, rencontrant une de ces plantes  en plein épanouissement il n'y ait pas un promeneur qui n'ait une petite pensée vers celui  qui ouvrit la voie de la compréhension sur un sujet jusqu'alors totalement obscur.

 

Et puis, quand Noël Bernard partit pour sa promenade en forêt son esprit était tout à la.....

 

détente !

 

(son biographe le souligne lui-même), sans but botanique particulier, et,  tout à coup, le surgissement de quelque chose de nouveau  le surprend et l'amène à changer la compréhension profonde de son sujet.

 

Tiens donc !!   -toutes proportions gardées!!-   , cela me rappelle quelque chose.............

 

Jean Parisot.

 

tiré de B. Boulard 1985 .

 

* Tout ceci reste un gros (très) résumé de la réalité.