Cette ‘chronique hasardomadaire’ livre des réflexions allant, en pleine connaissance de cause, contre des idées bien établies, voire enseignées. Mais les faits sont là, confirmés par l’expérimentation.

 

Et depuis quelques temps, la presse prend en charge ces divers aspects qui étaient bien écartés.

 

Alors :

Et bien, promenons-nous dans les bois…

Pourquoi les anciens bûcherons opérant une coupe à blanc laissaient-ils intact et protégé, le plus beau et plus ancien arbre de la plantation ?  Ce qui se pratique encore de nos jours m’a d’ailleurs confirmé récemment un ancien praticien. Un vieux professionnel de l’époque, ne travaillant qu’à la hache et au passepartout, m’avait expliqué que ce vieil arbre allait protéger et apprendre comment vivre à ses jeunes descendants qui arrivaient. Inutile de vous dire que pour la majorité des adolescents de seize ans, dont j’étais, ce genre de réplique prête plutôt à rire (à cette époque, discrètement !).

 

Seulement voilà, celui qui rit ou s’esclaffe dans sa très jeune barbe fait preuve de bien d’ignorance, car des phénomènes insoupçonnables viennent lui donner tort.

 

Il faut dire que la découverte de l’étroite  relation entre espèces radicalement différentes  a laissé les premiers observateurs interloqués.  Comme les liens étroits entre Acacia arbustif et fourmis (le premier apportant abri et nourriture et les secondes, protection contre les affamés),  vache et bactéries (ces dernières  rendant principalement digeste la cellulose ingérée par la vache) sont -entre autres- bien là pour en témoigner.

 

Dans la deuxième moitié du XIX ème siècle, deux naturalistes allemands s’étaient durement (très) empoignés à propos  de la  réelle constitution double des lichens: algue-champignon.    Et puis, Noël Bernard -déjà cité ici- avait étendu son étude de la symbiose orchidée-champignon à l’observation du phénomène d’apparition des tubercules chez la pomme de terre (1).  Alors ?

Y’a quéqu’chose qui cloche là-dedans. Retournons en forêt… immédiatement !  (Pardon, Boris Vian !)

 

Nous y sommes donc, avançant  hors des sentiers, évitant les quelques houx qui restent, se baissant pour passer sous les branches basses,  faisant un écart pour ne pas écraser un champignon, voire le ramasser, tout cela sans se douter de tout ce qui peut se passer sous la surface du sol.

 

C’est bien ce qui étonne, car quand on demande à un enfant ou à un adulte de dessiner un arbre on voit dans la majorité des cas, sortir d’une ligne horizontale, un tronc vertical, puis les branches et des feuilles. Les racines pfff ! D’abord on ne les voit pas (une preuve ?  Qui n’a pas trébuché, le pied heurtant une grosse racine ?) Et puis à quoi ça peut bien servir en dehors de l’arrimage au sol ? Oui, j’entends d’ici les réflexions faisaient appel aux quelques paragraphes scolaires qui étaient réservés à la description des végétaux…. Mais la réalité dépasse ces bribes -fondamentales- de connaissance

 

Par exemple, le volume occupé par les racines (dans un terrain fertile, bien sûr) est généralement égal ou supérieur à celui du houppier (2). Ce qui sous entend que les appareils racinaires des arbres d’une forêt se trouvent bigrement entremêlés. Et s’enfoncent profondément dans le sol. Pas tous, loin de là !! (Vraiment, se pencher sur tout ce qui nous entoure, ça n’est pas de tout repos !!)

 

Mais cela ne s’arrête pas là !

 

Tous ceux qui récoltent les champignons (ce n’est pas mon cas !) savent que, celui-ci se trouve le plus fréquemment sous telle ou telle espèce d’arbre et  celui-là sous telle autre, voire en pleine prairie.

 

En effet  les champignons –que l’on a maintenant déménagés de leur ancien classement chez les végétaux pour voisiner à égalité avec les animaux (3)  sont loin d’être des nouveaux-nés dans l’histoire du vivant et ils se trouvent partout.

 

Leur présence effective se manifeste par des filaments très fins qui se faufilent pratiquement en tous endroits. Comme leur  physiologie ne leur permet pas de vivre en autarcie, ils fonctionnent en compagnie des plantes –en très gros …(voire ci-dessus !)… Toutes. Et ils manifestent des préférences –à moins que ce ne soit l’inverse !

 

Privés de la chlorophylle qui assurerait  leur pitance de carbone, leurs filaments entourent les racines ou les pénètrent, et là, chacune des deux parties trouve son compte. C’est vraiment du donnant-donnant(4). En guise de « sel »  le champignon fournit à la plante la plus grosse partie de  l’eau dont elle a besoin ainsi que des éléments minéraux et la « moutarde »  cédée en retour se trouvent être le sucre et des vitamines qu’il ne peut synthétiser.

 

On pourrait en rester là. Mais de même que l’on a décelé des systèmes  de communication au sein d’une même espèce par émission de gaz d’alerte, un forestier allemand (Peter Wohllenben) rapporte que les champignons  transportent des informations. Ce qui signifie que l’état déficient d’un jeune arbre pourrait être décelé par la communauté spécifique et ainsi recevoir prioritairement les éléments lui permettant  de compenser l’insuffisance alimentaire.

 

On rejoint ainsi les dires ancestraux de notre bûcheron.

Il y a peu, la télévision a émis une séquence anglaise à propos des champignons. Très prenante, cette émission a bien mis l’accent sur  leur « prépondérance » dans le monde du vivant. Les végétaux surtout, bénéficiant particulièrement  de leur présence symbiotique. Et, partant, on peut estimer qu’une forêt est beaucoup plus qu’une collection, un voisinage d’individus, mais une entité dont les composants sont tous reliés par un réseau de communication dont les câbles transporteurs  atteignent des dimensions inimaginables.

Oui, mais  que se passe-t-il dans les cultures vivrières. C’est très simple, ils ont en plein champ, pratiquement disparu, éliminés par les applications d‘herbicides et surtout… de fongicides. C’est donc toute une partie nutritive, naturelle et essentielle dont sont privées actuellement les cultures mondiales. Et l’on parle de baisse des rendements, voire de terres stériles, vraiment ça m’étonne !

Pour avoir passé une bonne partie de ma vie professionnelle dans le monde agricole, je mesure également quelles pertes ont occasionné et occasionnent encore nombre de ravageurs de toutes sortes et la nécessité de les éliminer voire les limiter, mais ceci est un tout autre problème.

                                                                                                         Jean Parisot

 

A suivre….

 

(1) Ses travaux repris depuis en in-vitro, -ce qui n’a rien  de farfelu- étaient encore voués à l’échec en 1985. Ils ont été renouvelés depuis quelques temps avec succès en remplaçant le champignon par  des substances de croissance, ce qui fait controverse entre les tenants du « synthétique » et ceux du « naturel ».

(2) le houppier est l’ensemble des branches avec feuilles et fleurs se détachant du tronc dès la première couronne.

(3) Ils ont maintenant le statut d’Opisthochontes. La construction de nouveaux noms amène à des constructions linguistiques que seuls de très fins spécialistes peuvent détricoter pour en comprendre le sens et cela rappelle la réflexion ironisante d’un journaliste du début du XX ème (Alphonse Karr) qui estimait que l’appellation gréco-latine des plantes et animaux n’était qu’une forme d’insulte à leur égard. Ce en quoi il commettait une grosse erreur, car c’est  encore actuellement la seule façon qui permette à l’ensemble mondial des naturalistes, quels qu’ils soient, de savoir à quelle espèce ils ont affaire en lisant, par exemple: Felix leo  (lion)

(4) Même réflexion que ci-dessus. On chasse une définition pour une autre, pensant serrer au plus près une réalité qui en fait nous échappe, et dans la dizaine d ‘années qui suivent, CRAC ! On reprend tout,  de nouveaux éléments venant d’être admis. Le ‘donnant-donnant‘ appliqué à la définition de la symbiose est controversé (aménagé?) de nos jours par une autre vision du phénomène. C’est à dire la recherche réciproque de la non destruction du partenaire tout en se préservant de ses tentatives parasitaires.