CES ANIMAUX MECONNUS

 

 

 

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Histoire vraie.

 

La scène se passe il y a quelques années, dans un département du Sud-Ouest. De nouveaux propriétaires firent construire une maison pour vacances et retraite. Tout alla très bien, jusqu’au jour où, suite à un orage particulièrement violent,  la maison se trouva complètement isolée par une grande étendue d’eau. Situation qui déplut particulièrement à ses habitants.  On peut comprendre.

 

Que pensez-vous qu’il arriva ?

 

Le maire se trouva attaqué en justice pour avoir délivré un permis de construire en zone inondable...

 

Or cet endroit comme bien d’autres dans cette commune, n’avait jamais connu tel accident.

 

 

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Petite introduction.

 

 

Très rares de par le monde sont les chercheurs qui ont étudié, ou étudient les "vers de terre". Jugés peu valorisants (vous pensez, se passionner  pour ces vulgaires animaux dégoûtants!  par quel délire peut-on en arriver là?) il paraît beaucoup plus noble de réfléchir à tout autre animal, plutôt que de sentir entre ses doigts se tortiller un ver glissant, un peu gluant, qui tente d'échapper aux doigts qui l'enserrent.

 

Marcel Bouché a  depuis longtemps travaillé sur la faune du sol et s'est spécialisé dans l'étude des vrais "vers de terre" qu'il sépare à juste titre de tous les autres (vers blancs, vers fil de fer, vers gris, qui n'ont strictement rien à voir avec ceux qui nous occupent*) en les dénommant: lombriciens, -et non pas lombrics, car par cette appellation  on distingue une espèce bien définie.

 

 

 Ce qui suit a été tiré en grande partie, de son dernier ouvrage:

"Des vers de terre et des hommes" (2014 Actes su)

 

 

Comme le faisait remarquer ce biologiste  de Montpellier, lorsqu’il était arrivé dans cette région, très rares étaient les endroits qui conservaient quelques temps les flaques après les pluies. L’eau était très rapidement absorbée par les sols.

 

Que s’était-il donc passé pour que l’on constate pareil changement?

 

 

Les coupables, par leur absence, étaient les lombriciens!

 

 

Dans un sol en bon état et "vivant", on peut recenser jusqu'à 3 tonnes de vers de terre à l'ha ce qui équivaut à environ 300.000 individus. A l'échelle de la France, cette masse est 20 fois supérieure à celle des humains. Pour le ver de terre qui vit dans le sol comme un poisson dans l'eau, son bain de terre se prend dans la portion solide des écosystèmes qu'il s'agit de rendre habitable, carrossable et surtout comestible. Et c'est bien là une de ses particularités les plus étonnantes: la terre est à la fois son gîte et son "couvert".

 

Vu de la surface, cela nous échappe totalement.

 

 

Il existe trois groupes de lombriciens: les premiers évoluent en surface des litières des boisements, des prairies, et s'imposent spontanément dans nos tas de détritus et  de compost. Donc absents des terres labourées et nues! Les seconds vivent dessous et creusent des galeries essentiellement horizontales. Les troisièmes sont les plus costauds et les plus longévifs. Ils creusent jusqu'à 5 mètres de profondeur des galeries très stables dans lesquelles ils apportent et parfois stockent des débris végétaux.

 

 En participant à la décomposition et au recyclage de la matière organique "morte" en la mettant à la disposition d'autres décomposeurs, tous assurent un rajeunissement continuel du sol et  créent une porosité exceptionnelle de celui-ci. Sans compter la participation active à la fertilisation par la déjection de la terre ingérée, dont on ne se rend compte que par les tortillons particulièrement visibles sur les allées et la surface des pelouses.

 

 

Ce travail colossal de terrassement  aboutit ainsi  à la confection  d'une immense éponge à l'intérieur de laquelle un véritable réseau de galeries se développe tout au long de l'année.  Ce réseau peut atteindre 4000 kilomètres à l'hectare, soit 400 mètres linéaires par m2. Autre constat mesuré au champ par l'auteur: 1 kg de lombriciens remue par an environ 270 kg de terre. Qui fait mieux?

 

 

 

Ces quelques éléments de base -bien incomplets-  posés, que se passe-t-il quotidiennement dans nos champs?

 

 

De  nombreux agriculteurs constatent depuis quelques années une diminution des rendements. Les causes invoquées parlent du changement climatique, de la sécheresse, des rythmes de pluie à contre temps, etc.. etc..

 

 

Il ne faut pas chercher bien loin, mais plutôt 'en contre bas' pour trouver la cause principale.

 

 

 En effet, depuis des décennies,  la formation de "semelles de labour" dues au poids des engins agricoles -entraînant un compactage imperméable du terrain-, l'épandage régulier d'engrais minéraux, l'application de produits insecticides, anticryptogamiques, herbicides,  parfois dramatiquement appliqués sans aucun discernement, ont changé la population du sol. Sans entrer dans la description détaillée des victimes (bactéries, champignons, acariens, larves d'insectes, lombriciens, etc...), il faut reconnaître que la constitution vivante des sols n'a plus rien à voir avec celle du début des années 1950, qui, déjà, recevait son lot d'HCH (précurseur du Lindane), de Parathion, de nicotine, voire d'arséniate de plomb. Condiments dont se seraient bien passés les habitants du sol. Mais il faut reconnaître  que les dégâts commis par les insectes de cette période justifiaient ces épandages, selon les spécialistes -voire les producteurs de la chimie phytosanitaire- . (et au premier chef : les producteurs qui regardaient effarés, qui,  l'arrêt  de la pousse des semis au printemps, qui, la verse des colzas par l'éclatement de leurs tiges ou l'arrêt définitif  de la montée, puis la mort de la tige chez l'orge, etc... etc ... )

 

L'accumulation des produits fraîchement épandus et des sous-produits de leur dégradation - ce que n'a pas voulu voir une majorité de scientfiques**- a progressivement appauvri les sols. Et  leur restauration va demander beaucoup plus de temps qu'il n'en a fallu pour les détruire, car la toxicité de certaines molécules peut durer de très nombreuses années ***. Souhaitons que l'aide au  retour des fertilisateurs vivants renverse la situation actuelle.

 

 

Non, les lombriciens ne sont pas en danger d’extinction –pas encore -, mais déjà leur raréfaction localisée due à une  destruction aveugle cause bien des dégâts en maints endroits surtout en agriculture intensive.

 

 

En effet, il n'est pas rare de voir leur biomasse passer de 2000 kgs/ha à 50 kgs/ha, soit une survie de 2,5 %.

 

 

J'insiste, une perte de 97,5 %!!!

 

Je ne sais ce qu'il advînt de la plainte déposée contre le maire de la commune du sud-Ouest. Mais le nombre important de traitements annuels de la vigne - et ceci partout, sauf dans les régions sous contrôle d'origine, de qualité etc ...- ne pouvait et ne peut qu'apporter ce genre de désastre.

 

 

 

Jean Parisot  09 2016

 

 

 

 

 

Dernière nouvelle: Au moment où s'organise un procès contre Monsanto (producteur bien connu de "pesticides" dont l'herbicide glyphosate, plus connu sous le nom de Roundup) le géant allemand Bayer est en passe de racheter cette société pour quelques 60 milliards d'€!!! (si ce n'est déjà fait!!)

 

 

 

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* vers blancs: larves des hannetons

 

vers fil de fer: larve des taupins

 

vers gris: chenilles des noctuelles  (papillons nocturnes), tipules, etc...

 

 

 

**   "ce sont des expérimentations qui coûtent trop cher" est l'argument qui m'a été renvoyé au cours d'une altercation d'ordre professionnel en 1963!  On voit les résultats...

 

 

 

*** un essai sur la durabilité de la toxicité de l'HCH en 1945, a montré que 10 ans plus tard les semis réalisés sur la parcelle ayant reçu une forte dose, montraient la quasi totalité des plantules complètement déformées et non viables.

 

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