AH! les p’tits pois… .                                                             .

 

                       les p’tits pois… 

 

                                   les p’tits pois…. (air connu)

 

 

 

Pour à peu près tous les jardiniers européens, le 15 mars est une date repère. C’est le moment de semer!   (Ce sera pour l’année prochaine!!!!!)

 

Et à ce sujet, il serait peut-être bon de faire quelques commentaires à propos… des graines. Tout praticien a ses préférences quant aux variétés qu’il cultive. Choix obligatoires en fonction de la qualité du terrain, sec ou humide,  exposition nord ou sud, rapidement chaud ou vallée froide, etc, etc…  Voyons donc ce qu’il s’y passe.

 

L’amélioration des plantes « spontanées » comestibles est une très vieille histoire. Et avec des méthodes parfois singulières, beaucoup de chance, les légumes perdirent progressivement qui leur âcreté, qui leur dureté, en bref elles devinrent presqu’appréciées. Les spécialistes, qu’ils soient « paysans » ou botanistes avaient tous des buts bien précis pour obtenir des plantes plus agréables au palais. Après que l’on eût bien fait le rapport entre la fleur et le fruit,  entre pollen et pistil, il y eut du mieux dans les assiettes. Nous sommes dans les environs de 1700 ! Alors pour assurer la fécondation, on vit secouer des branches fleuries d’individus choisis, sur les inflorescences d’autres spécimens également sélectionnés pour d’autres qualités. Espérant ainsi que leurs graines fourniraient des plantes reproduisant régulièrement les caractères remarqués. Il y avait des résultats, de temps en temps. Mais le mécanisme par lequel les particularités apparaissaient échappait totalement aux expérimentateurs.

 

Il fallut en arriver à la moitié du XIX ème siècle pour que les énigmes laissent passer quelques traits de compréhension. A cette époque l’hérédité était basée sur une observation, qui bien que juste, ne pouvait livrer la totalité de la réalité. Un certain anglais, F. Galton, avait noté à propos de la transmission des sangs de souris mâle et femelle, qu’à la première génération 50% des individus portaient le sang maternel, puis à la seconde génération seuls 25% en étaient dotés. On approchait, mais il restait beaucoup à faire.  Un moine autrichien augustinien –ordre enseignant-  resté pour la postérité sous le nom de Gregor Mendel, professeur en diverses matières dont physique et sciences naturelles, était depuis longtemps passionné par l’hérédité. Il mit en place une série d’essais devenue rapidement imposante, pour essayer ‘de voir plus clair en ce domaine’.  De multiples croisements contrôlés furent opérés entre deux lignées de « petits pois » * l’une donnant des grains  verts alors que l’autre portait des grains jaunes. Somme toute, des caractères bien tranchés ne pouvant être confondus.  Quelques autres traits avaient été testés, mais apparemment n’ont pas été retenus par les rubriques….

 

On peut dire que Mendel a eu de la chance. Il aurait pris une autre espèce dont les individus ne portaient que des fleurs blanches, ou rouges ou surtout roses,  les résultats auraient peut-être fait varier les suites logiques. Mais, dans le cas des pois, ce fut une autre paire de manches.

 

Pour ne pas compliquer les choses… nous ne prendrons pour exemple que l’exemple du grain de Pois dont la couleur dépendra d’un gène induisant le Jaune et de son homologue induisant le Vert..

 

En fécondant les fleurs de la lignée Vert (V) par le pollen de la lignée Jaune (J) on obtient une première génération –dite F1- de pois jaune.  La seconde génération obtenue par l’autofécondation de ces  J donna une répartition intéressante: 3/4 de J et 1/4 de V.  En suivant de près les résultats, après de très nombreux essais et analyses des données, -ce qui représenta un travail énorme pendant 10 ans**-  Mendel découvrit donc la raison régissant ces apparentes ‘anomalies’ entre vert et jaune. Il en dégagea deux lois, que ses successeurs firent suivre d’une troisième, toujours reconnues et qui gouvernent encore les travaux de génétique.  (Pour une meilleure compréhension de la part de nos lecteurs peu habitués à ce domaine, une note complémentaire paraitra en septembre– impression en bleu.)

 

MAIS !! -qui l’eût cru????- ses travaux furent mis de côté par les autorités scientifiques de l’époque pendant environ quarante ans, (voyez donc !)  jusqu’à ce que le botaniste néerlandais de Vries et quelques autres de ses confrères, reconnaissent la véracité des résultats de Mendel et en assurent ainsi la pérennité.

 

Vous nous direz que ces vieilleries expérimentales n’ont plus guère d’intérêt, elles sont à la génétique contemporaine ce que le ‘poste à galène’ l’est en face de la 5G !  Certes, mais pour les curieux…  cela vaut la peine de se pencher quelque peu sur  les conséquences imprévues par Mendel !  Comme vous ne pouvez l’ignorer, nos marchands grainiers proposent depuis longtemps des graines F1.

Il s’agit là en dehors de réels avantages, d’un prétexte à <une très belle entourloupette> –et je retiens mon clavier -  les utilisateurs devenant captifs  des obtenteurs.

Ce qui ne déprécie en rien les qualités des F1. Mais elles ne sont jamais que l’utilisation mercantile des lois mendéliennes.

 

Pendant des millénaires le producteur en fin de culture récoltait fruits ou graines et à partir de ces éléments en protégeait une partie en vue des semences de l’année suivante. En résumé, il était propriétaire des ses propres variétés et elles étaient adaptées au terrain et au climat.

Par ailleurs, et ce, assez récemment - environ deux cents ans (oui, bien sûr! mais que pèsent deux cents ans contre plusieurs millénaires de cultures??)- une sélection empirique très surveillée mise en route par la famille Vilmorin-Andrieux vers 1810, aboutit à des variétés connues et stables. Le gros ennui se situe dans le temps nécessaire pour obtenir une nouvelle variété. Allez! En moyenne 8-10 ans, voire 15 pour l’agriculture, de même en horticulture quand on s’attaque à certaines plantes exotiques! (Il existe désormais des techniques qui permettent de raccourcir nettement ces délais, mais : 1/ pas applicables à toutes les espèces et 2/selon un propos bien connu: ça coûte trop cher!)

 

Donc l’opération se monte, en gros, comme suit:

Deux lignées présentant des caractéristiques intéressantes respectives sont sélectionnées et protégées de toute maladie. Puis on les croise par fécondations contrôlées. Ensuite, tous les descendants (F1) sont observés avec le plus grand soin . Si l’on a obtenu le « loup blanc », végétation vigoureuse et croissance rapide, résistance aux maladies et récolte abondante, les plantes restantes des deux lignées sont chouchoutées et multipliées ***.

Chacune, bien abritée de tout regard et non livrée au public, sert de parent à chaque nouvelle campagne.

Car, une fois mises en vente, l’amateur ravi qu’il sera du couple désiré « qualité/quantité » rachètera des graines de cette production pour en continuer la culture. Et pour obtenir une production stable et répétitive il sera obligé de revenir vers l’obtenteur. En effet, si, jouant les gros malins, il conserve des graines issues de sa propre culture (qui seront source de la génération F2) ****  et les cultive l’année suivante, là! Catastrophe !  il n’obtiendra pas les plantes ayant les caractéristiques de l’année précédente car il est dans le cadre strict des expériences de Mendel. C’est-à-dire qu’en croisant des plantes F1 entre elles, il obtiendra une population F2 non homogène et se trouvera confronté à ce qui n’est jamais que «l’accaparement d’un bien commun à l’unique profit de quelques uns. »

 

*               Lignées que l’on nommera ultérieurement ‘pures’ parce que portant chacune un ou plusieurs caractères particuliers, se manifestant régulièrement  depuis de nombreuses générations.

**             A telle enseigne  que l’ensemble de ce travail     ne fut l’objet que de deux publications.Puis Mendel se détournera de ce sujet et se consacra à d’autres études et autres responsabilités             .

***          La conservation des plantes-mères peut être facilitée par la culture in-vitro SI la plnte s’y adapte aisément (technique assurant la qualité sanitaire et un gain de place énorme).

****        Soyons réalistes, de plus en plus de jardiniers ont conscience de la raison de cette contrainte.

 

                                                                                                                   

 

Nous venons de voir que le travail d’obtenteur est très long et requiert, surface de culture, main d’œuvre sur le terrain,  observations permanentes, récoltes contrôlées, classifications, transcriptions des observations,, analyses des données, études des futurs essais, etc.… etc… ce qui, à terme, représente un très gros investissement. De nos jours, la modernisation des recherches, tant par le personnel de sélection, le matériel de laboratoire, les techniques de calcul des données, (sans oublier la vitesse de croissance du végétal pour l’obtention du volume de graines suffisant aux fins de mise en vente, qui elle, n’a pas beaucoup varié !)  n’ont pas tant changé les contraintes. Aussi l’obtenteur, qui n’est pas un philanthrope, n’a aucune envie de voir le fruit de son travail disséminé sans qu’un retour financier ne vienne compenser  les mises de fonds. 

 

Le même souci animait les obtenteurs américains qui, en conséquence, en 193O, obtinrent de leur gouvernement le droit au brevet  pour leurs nouveautés. Ce qui se traduisit, dans la vision européenne hostile à la notion de brevet, par le COV, « Certificat d’Obtention Végétale »  permettant  à l’obtenteur de recevoir une redevance pour utilisation de sa variété. Il en découla l’obligation d’inscrire toute nouvelle obtention –après examens et tests- auprès du Catalogue Officiel français des variétés, impliquant  qu’une variété ancienne non déclarée  mais cultivée, devenait de ce fait hors la loi. Ce qui mit Kokopelli en face de grosses difficultés  De la même façon, le montant de l’inscription est suffisamment élevé pour dissuader les petits obtenteurs de mettre un pied dans la cour des grands. De nombreuses voix se sont élevées contre cet état de fait et des aménagements furent mis à l’étude.

 

 Dans l’élan du contrôle des obtentions, la dérive ne pouvait qu’arriver (!) au niveau mondial par la prise de brevet** sur des plantes « spontanées ». Certaines sociétés internationales veulent ainsi avoir de facto mainmise sur l’alimentation humaine et animale et surtout sur les espèces végétales médicinales -bases des médications locales- tout en répudiant l’herboristerie !  

 

D’autre part le brevetage des plantes OGM est la cause de la faillite d’un nombre énorme de cultivateurs de par le monde. Car, inféodés par contrat à de grandes compagnies chimico- semencières, ils n’ont pu survivre.

Mais ici, tout un chacun en a été bien informé par les media internationaux.        

 

*    Sans oublier le temps de croissance du végétal nécessaire à l’obtention de la quantité optimale de grains pour pouvoir les mettre sur le marché.

 

**  Qui obtient un Brevet, obtient la propriété exclusive de son objet dans le pays où il a été signé et en interdit possession et usage hors contrat à tout autre prétendant.    

 

 

 

 

Petit rappel des fondements de l’hérédité selon G. Mendel.

 

Afin que le développement précédent soit  compréhensible, nous nous permettons de faire ici un petit rappel concernant l’hérédité mendélienne.

Compte tenu des savoirs de l’époque, Mendel reste un défricheur de génie. Sa découverte déterminante fut  de mettre au jour les mécanismes de la transmission des caractères. Ce n'est que vers la fin du XIX ème siècle, grâce à l’étude plus approfondie de la cellule et du noyau que  furent nommés les filaments dont on ne connaissait pas la finalité. En vertu de leur aptitude à absorber les colorants, ils ont été qualifiés de chromosomes (corps coloré). Après les avoir reconnus porteurs de l’hérédité, il apparut que les gènes ‘n’étaient’ finalement que des portions géographiquement bien définies des chromosomes eux-mêmes.

Les chromosomes se trouvent stockés dans le noyau des cellules. Leur nombre est caractéristique de chaque espèce vivante, de la plus simple à l’homme. Mais cette quantité n’a aucune relation avec le degré d’évolution de l’espèce considérée. (8 chez la Mouche du vinaigre, 14 chez le Pois,  78 chez le Chien et… plus de 1400 chez une Fougère d’Amérique du nord.

 

Chaque cellule porte un nombre pair de chromosomes. (par exemple : 46 chez l’Homme dont 23 proviennent de la mère et 23 du père, assemblés par paires d’homologues). Ceci pour les cellules du corps de l’individu   végétal ou animal. Mais dans les cellules reproductrices, qu’elles soient végétales (pollens, ovules) ou animales (spermatozoïdes, ovules), il est indispensable que leur nombre soit réduit de moitié à chaque génération, car sans cela, chez l’Homme p. ex., la cellule du corps se retrouverait avec plus de 700 chromosomes à la quatrième génération et près de 1500 à la suivante etc…  etc… voyez les dégâts ! Cette réduction se fait dans le cours de la production des cellules sexuelles.

Chez le pois les cellules sexuelles sont réduites à 7 chromosomes. Cela peut faciliter le travail…

La recherche de lignée pure –pour un caractère (fleur blanche p. ex.)-  consiste à obtenir qu’à la fécondation, un même gène soit placé, et sur le chromosome femelle et sur le chromosome mâle.

Pour corser les choses, s’il en est besoin, le nombre de gènes évalué chez l’Homme au cours des séquençages se trouve aux environs de 25000 - 30000 et de 15000 chez la minuscule Drosophile (mouche du vinaigre).

 

Pour rester simple, nous prendrons l’exemple du grain de Pois dont la couleur dépendra d’un gène induisant le Jaune, et de son homologue induisant le Vert. 

 

En croisant une lignée pure* vert (V) avec une lignée pure jaune (J) on obtient la première génération dénommée F1, Celle-ci est visuellement et totalement J mais n’est pas une lignée pure car le gène V, présent, n’a pu s’exprimer –sinon, il se trouverait quelques grains vert. Pour bien souligner leur caractéristique J est nommé « dominant », quant à V, l’auteur l’a défini jadis « comme en retrait », caché, et lui décerna le joli mot de « récessif ».

 

 

F1 :******************************************************

 

Nous voici donc en face de la F1, tout est jaune:

 

Maintenant, en croisant deux plantes issues de la F1, le résultat devient intéressant : les ¾ sont jaune et  dans le ¼ restant, ils sont redevenus vert.

 

F2 : *****************************************       **********

 

 0

Que se passe-t-il donc?  De même que J a pu s’exprimer au moment de la fécondation où deux gênes J se sont retrouvés,  il s’est passé le même phénomène pour V et ¼ des grains V sont purs. Dans le même temps J et V se sont appariés. Mais on ne peut faire la différence à l’œil, puisque J est dominant et masque ainsi la présence de V  dans la moitié des grains, ce qui se traduit par :

 

            1/4  J   purs

 

            1/2  J   en mélange avec V, mais J dominant, empêche V de s’exprimer

 

            1/4 V   purs

 

Analyse de la F2 ci-dessus:

           *************           *************      *************     *************          

J purs                                                V purs                                                   J en mélange avec V                                              

 

 

 

Mais quittant le Pois, si dans la génétique florale p. ex., aucun des deux gènes, rouge et blanc n’est «dominant », la F1 issue sera :

 

 F1         ***********************************************************

 

et le croisement de deux individus de cette F1 donnera:

 

F2      *************           *************      *************     ************* 

 

        Blanc 1/4                                                                                  Rose ½                                               Rouge  1/4

 

Est-ce clair, cher lecteur ?                 

 

 

 

                                                                                                                 XX & XY          

 

 

*lignée pure:                lignée dont tous les individus croisés entre eux présentent de façon permanente la présence sans faille d'un ou plusieurs caractères précis.